les jolies compagnies aériennes

L’époque des voyages, d’autres diraient « des transhumances », que nous connaissons chaque été, nous offre parfois le spectacle de foules errantes et ballottées par les bons vouloirs des compagnies aériennes, comme elles le seraient au cours d’une guerre par des instances militaires. Ne devons-nous pas protester de temps à autre de notre dignité ?
J’ai vécu récemment un épisode de ce type. Devant aller à Malaga (Espagne) pour participer à une importante école d’été européenne dans le domaine de la linguistique et de la logique, je devais, le 28 juillet, prendre à Madrid, venant de Lyon, le vol 236 à destination de Malaga, affrété par la compagnie Ibéria. Ce vol devait décoller à 23h25, mais il était annoncé avec un retard d’une heure. Jusque là, tout allait à peu près bien. L’heure écoulée, il était encore annoncé avec un retard supplémentaire d’une heure… vers 2h, les passagers montent dans un Airbus où ils sont mis en vrac, sans tenir compte des numéros de siège sur la carte d’embarquement, enfin : on va partir, c’est sûr… A 2h30, on nous annonce que, décidément, l’avion ne partira pas et on nous débarque (des rumeurs : il serait trop tard pour décoller, d’autres rumeurs : il y aurait plus de passagers que ne peut en contenir l’avion… que des rumeurs, pas d’information véritable). Nous voilà donc rejetés dans le grand hall blafard de l’aéroport de Madrid. Il n’y a presque pas de personnel (on fait des économies !). Une hôtesse simplement. Qui nous aiguille vers le service « clientèle » afin d’obtenir un bon pour aller à l’hôtel. Interminable file d’attente (il n’y a qu’une personne au guichet). Vers 4h, je peux enfin prendre place dans un bus qui m’emmène dans un hôtel, avec la promesse que le vol 236 partirait le lendemain à 15h (ce qui fait déjà 15h30 de retard !!!), d’ailleurs on nous a laissé la carte d’embarquement initiale.
Le lendemain, retour à l’aéroport en début d’après-midi : le vol 236 est sur le panneau d’affichage, mais sans que sa porte d’embarquement ne soit spécifiée… attente… espoir… jusqu’à ce que le vol en question disparaisse purement et simplement du tableau… quoi ? alors que faire ? Au guichet des renseignements d’Ibéria, on nous rassure : ce n’est rien, vous devrez prendre le 226, qui est à 16h. A 16h, nous nous retrouvons, tous les passagers, qui jusque là ont tout subi, tout accepté, n’ont pas cessé d’errer dans cette aérogare vaste, vaste… mais morne, morne. Mais nous avons un doute : sommes-nous sûrs de pouvoir embarquer sur un vol qui n’est pas le notre ? lorsque les membres du personnel arrivent pour faire l’embarquement, il va de soi que la réponse est négative ! bien sûr nous ne pouvons pas embarquer : le vol 226 est plein par lui-même…
Je me suis entendu au préalable avec quatre jeunes françaises en leur proposant de faire quelque chose si cela arrivait. Elles sont d’accord. Nous fonçons vers la porte qui mène à l’avion, débordant le personnel d’Ibéria, et bloquons l’accès à l’avion. Nous allons tenir près d’une heure : nous exigeons qu’une solution soit trouvée pour nous. Il apparaît flagrant que la compagnie a tout simplement décidé de « faire l’impasse » sur cet incident. On a pensé que les passagers seraient assez dociles pour demander éventuellement leur remboursement et partir rejoindre Malaga par leurs propres moyens ! On nous menace de la Garde Civile mais tenons bon jusqu’à ce qu’une personne soit officiellement mise en charge de notre problème. Cela va prendre encore deux heures, au cours desquelles la pauvre employée va devoir développer des trésors d’argumentation pour qu’on nous envoie enfin un avion. Cet avion sera celui qui arrive de Paris et a en principe terminé sa rotation. On ne pourra pas l’afficher au tableau « car il ne rentre pas dans l’informatique ». A 19h, nous pouvons prendre place à bord. Un passager me dit « espérons qu’ils auront la décence de nous offrir à boire gratuitement »… eh bien non… quand le stewart passe, il nous fait payer les consommations.
Fait divers banal ? oui sans doute… mais justement sa banalité effraie. Sans protestation, sans affrontement avec le personnel, sans risquer même d’affronter la Garde Civile, nous aurions sans doute encore attendu longtemps, de promesse en promesse, jusqu’à ce que nous nous découragions. Comme le faisaient remarquer quelques passagers, ils nous traitent comme du bétail. Mais souvent aussi hélas ces foules se comportent comme du bétail… alors, réagissons !

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