La fin de Santorin – 1

Premier épisode : Björk à la rencontre des anciens minoens

???????????????????????????????Plus loin que Naxos, Paros, toutes ces îles en « os »… Björk s’embarqua pour l’île de Santorin, dont on lui avait dit le plus grand bien, elle contrastait avec les autres, ayant surgi de la mer par l’effet de secousses telluriques. Un volcan était apparu, qui, au cours des âges s’était effondré comme un pauvre soufflé, ne restait que la caldeira c’est-à-dire le bord du cratère, tel un chapelet d’îles en rond enfermant en son sein le vieux souvenir d’un cratère éteint, mais, qui sait ? qui peut-être un jour se réveillerait. C’était un soir de septembre, la traversée s’était faite dans des conditions idéales. Il n’y avait plus qu’à débarquer. La foule des touristes s’était donc concentrée dans les énormes calles qui contenaient les motos, les voitures, les camions, de gros semi-remorques qui portaient sur leur flanc, écrit en caractères grecs, le mot « métaphore », mis ici pour déplacement, transport, déménagement, pas du tout pour une figure littéraire, car si cela avait été le cas, nous aurions depuis longtemps quitté le réel, errant parmi les tropes et les figures de style. Ce qui peut-être n’allait pas tarder, d’ailleurs. Mais à ce moment-là, rien ne laissait deviner la suite. Bien que les regards des passagers attendant que s’ouvrent les gigantesques portes animées par des vérins hydrauliques, fussent, il est vrai, des plus anxieux. Ils étaient ces regards, tous dirigés vers ces portes, il régnait un silence d’angoisse et on voyait même certains vacanciers trépigner et se tordre d’impatience, mais en silence, certains même se rongeant les poings.

???????????????????????????????Enfin les portes s’ouvrirent et ce fut la ruée vers l’extérieur, une ruée pathétique vers des quais déjà encombrés par les taxis, les camionnettes, les minibus qui attendaient, dont les conducteurs s’étaient détachés pour un temps afin, simplement, d’agiter des petites pancartes à destination des nouveaux arrivants, où l’on pouvait lire : « hôtel Périssa », « hôtel Caldeira », « pension Georgios » etc. et les bergers des troupeaux touristiques parquaient leurs ouailles momentanées dans des enclos de fortune en leur disant : « mettez-vous là, on va venir vous chercher » et quand « le groupe » était complet, effectivement, ils venaient nous chercher et nous faisaient monter dans leurs carrioles pour des destinations que la plupart des touristes ignoraient, alors vous pensez, Björk… Il atterrit loin du centre urbain et esthétique de l’île, en bordure d’une plage de sable noir, dans un bloc de béton qu’on venait de construire et où l’on n’avait pas encore eu le temps de mettre les serviettes, les verres à dent, les bouts de savon, un bloc de béton vaguement rehaussé de marbre pour améliorer les abords de la piscine, mais le marbre, s’il enjolivait ces bords les rendait dangereux aussi, car « slippery », comme indiquait une pancarte jaune et rouge, les couleurs du danger. Björk était un peu déçu car ce qu’il voyait autour de lui ne changeait en rien par rapport à n’importe quelle plage lambda du pourtour de la Méditerranée, les parasols en paille étaient tous pareils, les estivants traînaient leurs grolles avec la même nonchalance qu’ils auraient eu à Boujan-plage. Sauf que le sable était noir. Sinistre pressentiment. Mais se dit-il, demain ce serait mieux : à nous la promenade sur la corniche, de Fira, la capitale, à Oia, la bourgade à l’autre bout de l’île, la fameuse promenade dont il avait lu dans son guide qu’un jour des années trente, Sartre et Simone de Beauvoir avaient dû la faire à rebours, leur bateau les ayant déposés à Oia et eux ayant leur hôtel à Fira. En pleine nuit, avec les valises à bout de bras, ça n’avait pas dû être drôle, ni pour Jean-Paul, ni pour Simone, qui avait bien dû le houspiller un peu, en lui disant : « je te l’avais bien dit, pourquoi tu t’es pas renseigné avant ? » et lui de lui répondre que c’était ça la liberté. Sa liberté. Mais en attendant, ça retardait le moment de se mettre au lit. Après une traversée qui n’avait pas été si facile, en tout cas longue, car plus longue que de nos jours, les navires n’ayant pas alors toutes les ressources de célérité offertes par la technique moderne. Bref. Ces temps-là sont enfuis. Années trente… si proches et si lointaines. Et après une nuit où le vent avait soufflé en rafales, faisant claquer portes et volets, courbant les roseaux et les bambous qui ne faisaient qu’un timide obstacle au déferlement des bourrasques, Björk se présenta à l’arrêt du bus local à destination de Fira, bus qui entrait d’abord dans le bourg de Perissa, entre les hôtels un peu cheap, les magasins de tubas et autres outils de plongée, les cafés déserts et les restaurants qui offraient tous les mêmes mets à consommer, salades évidemment grecques, souvlakis et gyros ainsi appelés probablement parce qu’ils venaient de la découpe d’une viande embrochées sur un axe rotatif, puis qui après un demi-tour – le bus – , attaquait la côte par une route moderne, juste un peu sinueuse, traversant le bourg commercial où habitaient les gens, les vrais gens comme disent les politologues et les chercheurs d’authentique dans ce monde factice, mais où aucun touriste ne s’arrêtait car tous n’avaient qu’une idée en tête : voir Fira et son prolongement sur la crête : les villages de Firostefani et d’Imerovigli, voire au-delà Oia dont on a déjà dit qu’il serait la destination finale de Björk. En route, notre héros songeait à ce qu’avait été autrefois cette île, à l’époque de la civilisation minoenne, souvent encore considérée ici comme « préhistorique » car coïncidant en partie avec le néolithique. La Crète était si proche et les échanges si intenses entre elle et les Cyclades. Proximité telle, pensait Björk, qu’il avait fallu que quelqu’un attribuât à l’explosion volcanique de Santorin (14ème siècle avant JC) la responsabilité de la disparition des minoens. Mais non quand même, on en est revenu de cette idée depuis, car les dates ne collaient pas, mais en tout cas, ladite explosion et ses cendres avaient englouti des villes et des villages dont on ne retrouva la trace qu’au siècle dernier au cours de fouilles effectuées plus au sud dans l’île, faisant émerger Akrotiri, Pompéi de poche, mais riche aussi en peintures murales, bijoux et restes d’une population qui s’était enfuie, elle, à la différence de celle des abords du Vésuve, à bord de barques et d’embarcations de fortune pour se réfugier peut-être justement sur l’île de Crète… On peut s’arrêter un moment ici. Après tout, il n’y a pas le feu : on peut bien stopper cinq minutes, le temps de lire ce qu’en dit Wikipedia, toujours instructif :

Vers 1450 av. J.-C., les palais sont de nouveaux détruits, ce qui marque le début du déclin de la civilisation minoenne. Pendant longtemps, la fin de la civilisation minoenne fut associée à l’explosion du volcan de Santorin, qui aurait entrainé une série de séismes dévastateurs, une couche de cendres volcaniques et un puissant raz-de-marée qui balaya toute la côte nord de la Crète, anéantissant la flotte minoenne29. Cette théorie fut mise en avant dans les années 1930 par Spyridon Marinatos qui attribua la destruction de la villa des lys à Amnisos à l’explosion du volcan30. Si cette théorie fut mainte fois reprise, elle commença à être contredite puis quasi abandonnée à partir des années 1980. Les archéologues estiment que l’explosion du volcan eut lieu vers la fin du XVIIe siècle av. J.-C. et non vers 1450 av. J.-C. De plus, ils admettent que la destruction des palais est issue de 3 catastrophes différentes intervenues à un intervalle de 70 à 100 ans. La première, vers 1620-1600 av. J.-C., due à l’explosion de Santorin, eut un effet limité, les palais ayant été immédiatement réparés. La seconde vers 1520-1500 av. J.-C., limitée elle aussi, eut pour conséquence l’abandon de certains palais et demeures (Galatas, Amnisos, Vathypetros, Sitia). La troisième, plus importante, eut des conséquences plus sérieuses, et de nombreux sites importants furent abandonnés. Tous les centres palatiaux semblent avoir été détruits et incendiés, sauf celui de Knossos. Dans certains villages, comme à Myrtos Pyrgou, seules les demeures plus importantes des gouverneurs locaux sont détruites alors que le reste des habitations est intact30.

En écartant la thèse de l’éruption volcanique, d’autres théories sont mises en avant pour tenter d’expliquer le déclin de la civilisation minoenne, comme les séismes, les incendies, la conquête mycénienne et les actions guerrières à l’intérieur et à l’extérieur de la Crète.

???????????????????????????????Voilà donc pour la civilisation minoenne. Entre temps, le bus local a franchi les faubourgs de la ville, là où peut-être on trouverait des hôtels à des prix abordables, et se range en marche arrière sur la place de la gare routière, près de l’édifice moderne qui abrite le musée archéologique où donc, on peut admirer les fresques de cette lointaine époque, singes bleus rigolos aux queues formant arabesques, figures d’Africains ou de femmes énigmatiques et parées d’or.

***

Björk s’était alors baladé sur la crête, mais ce qu’il avait vu l’avait profondément déconcerté : certes des murs blancs éclatants et des toits bleus et arrondis, mais qui ne semblaient plus abriter des demeures ordinaires, tous les logis ayant été convertis en hôtels de luxe et en studios quatre étoiles. Quand on prenait un café glacé, là en haut, dominant la baie et les ruelles en pentes descendant en cascades vers la limite du rocher volcanique, on entendait les bruissements de toutes les langues parlées par les foules innombrables et le regard ne faisait que ricocher de palais en palais et de piscine en piscine. La rue principale semblait une tranchée que l’on avait creusée entre des étals de bijoutiers et de marchands d’orfèvrerie. On lui avait bien dit qu’à plusieurs couches de roches éruptives s’était superposée une couche de béton, mais plus encore, il voyait qu’à la surface de celle-ci, s’échappait comme une vapeur d’or.

FIN du premier épisode

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4 commentaires pour La fin de Santorin – 1

  1. Le sable éruptif – dans son été grec – donne de belles inventions littéraires…

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  2. J’attends avec impatience les épisodes suivants du voyage de Björk !

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  3. Oh un grand merci à Björk de nous avoir emportés dans sa valise, j’attends la suite du feuilleton avec un grand plaisir…

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  4. flipperine dit :

    il doit faire un beau voyage

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