Au-delà du Golden Gate

mont-tamalpaisEnorme changement. A peine revenu de Haïti, l’île-colline en même temps que le pays le plus pauvre du continent américain, j’ai l’opportunité de prendre quelques jours de vacances à San Francisco. Encore une fois, j’accompagne C. à son grand meeting annuel. Je suis un époux comblé… Je me « chauffe » au soleil des quais (chauffage tout relatif étant donné le froid sévère qui règne ici) pendant qu’elle participe aux rencontres sur le climat, les séismes, la stratosphère et plus généralement la santé de notre planète et de son environnement. Privilégié ? Sans doute. Mais je préfère penser que ce sont les cadeaux de la vie, qu’il faut les accepter comme tels. Et ce dimanche fut un fameux jour de cadeaux. D’abord celui de pouvoir, sur une plage à peu près déserte, en marge d’un village abrité par le mont Tamalpais, sentir le Pacifique mourir à ses pieds en minuscules vaguelettes. Puis celui de pouvoir, depuis un sommet de cette même montagne (à 1920 fts), contempler une des vues les plus magnifiques qui puissent s’offrir : S. F. au loin, émergeant de la brume, au milieu d’autres montagnes et de falaises bleutées… Et enfin de se balader parmi les plus grands arbres, les séquoias de Muir woods, leurs futs se réunissant en couronnes pour monter droit vers le ciel.

Bolinas-beachBolinas est un port minuscule à environ une heure par la route de S. F., vers le Nord, par-delà le Golden Gate Bridge. Autrefois refuge de hippies qui avaient supprimé les poteaux indicateurs afin de préserver leur tranquillité, c’est aujourd’hui un lieu vivant, à la fois de par les vieux hippies d’autrefois qui sont devenus de sages grands-parents, et de par leurs descendants, enfants et petits-enfants, qui se nourrissent de crabes et de nourriture bio, et conservent quelques formes de vie alternative. La peintre locale, Mrs Lina Jane Prairie, expose en sa galerie les peintures qu’elle fait des reflets de la mer. Le poète Lorenzo Ferlinghetti est passé par là (que dis-je, Ferlinghetti… je réalise a posteriori, feuilletant les livres à l’étalage de City Lights, que tout un mouvement s’est créé autour du Mont Tamalpais à partir des années soixante et que les poètes de la Beat Generation, particulièrement Gary Snyder, l’ont chanté et rechanté. Un peintre, Tom Killion, s’est même inspiré de Hokusai pour ses « 28 vues du mont Tamalpais ») .

montagnes-californiennesAu-delà, la route n°1 se poursuit, on peut aller jusqu’à Bodega Bay, rendu célèbre par « Les Oiseaux », mais le restaurant « The Tides », où furent tournées quelques scènes, a, depuis, été détruit et remplacé par un énorme complexe moderne et sans âme.

Bodega-baySur le chemin du retour, circulation intense et ultra-rapide sur la Highway 101. Il y a longtemps que je ne m’étais senti pris dans un tel flux, ne laissant place à aucune hésitation : suivre le flot à tout prix, et, si possible, à la même vitesse. Dépassement des limites, changements de file intempestifs… moi qui croyais que les conducteurs américains conduisaient tranquillement… je suis mis à rude épreuve. La nuit tombe. La ville scintille au loin comme une galaxie d’étoiles. Mais tout se passe bien. A proximité de Sausalito, le flot se ralentit : sur le pont, deux voies sont fermées pour travaux. L’entrée dans S.F. se fait plus calme. Finalement un plaisir.

Longtemps, mon horizon ne dépassait pas le Golden Gate Bridge, je me demandais même s’il y avait un au-delà. Eh bien oui, cet au-delà existe. Plus irréel encore que je ne l’avais imaginé. Montagnes pelées, herbe jaune, et dans les canyons des forêts humides et sombres. Au loin les replis de l’océan, des bancs de sable et des lagons. La silhouette de la ville.

Today is like no day that
came before
I’ll walk the roads and trails to Tamalpais,
              one clear day of fall
              wind from the north
               that cleans the air a hundred
                                miles

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2 commentaires pour Au-delà du Golden Gate

  1. La mouette finale nous fait un salut de la part d’Hitchcock (dommage qu’ils aient démoli le restaurant d’origine)…

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  2. Jean-Marie dit :

    C’était en novembre 2008 : j’avais décidé d’explorer la côte au nord de San Francisco, au-delà des séquoias de Muir Woods. Je voulais aller jusqu’à Bodega Bay, pour sacrifier au culte d’Alfred. Mais je n’ai pas eu le temps d’y arriver, tellement j’ai été « scotché » par la beauté inattendue de cette côte méconnue. Tu en parles très bien. Je voudrais juste ajouter un mot sur « Point Reyes National Sea Shore » où les falaises blanches qui culminent à plus de 400m se précipitent dans la mer. Pour une fois, il faisait un temps radieux. Au retour, la radio annonçait dans ma voiture la victoire de Barack Obama.
    Un beau jour …

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