Brazil, Brazil – III – Elections et escaliers

En ce moment, au Brésil, a lieu la campagne pour les élections municipales (le premier tour aura lieu le 7 octobre). Cela se traduit en une multitude de panneaux portant des affiches à l’effigie des multiples candidats, toutes affectées de chiffres bizarres, a priori dépourvus de sens, le 25777 côtoie le 15888 et souvent, en plus gros, un nombre à deux chiffres : 11, 13, 40 etc. De très jeunes filles sont embauchées pour agiter mollement des drapeaux des deux côtés de la rue centrale. A ce jeu, le 13 semble l’emporter, avec, pas loin derrière, le 11. Plus tard, en découvrant la « campagne officielle » sur l’écran de télé de l’hôtel, j’apprendrai que le 13 désigne le Parti du Travail, celui de Lula et de Dilma Roussef, au pouvoir, et le 11, le parti Progressiste, autrement dit… la droite ! Ces élections sont importantes. Elles correspondent un peu aux élections de mid-term aux Etats-Unis. Elles s’inscrivent apparemment dans un contexte où prédominent les accusations de corruption. Lula lui-même aurait perdu de son prestige en s’acoquinant à Sao Paulo avec un vieux brisquard pour maintenir la mairie aux mains du PT. En tout cas, ces élections font beaucoup de bruit. Des haut-parleurs déversent une parole lyrique. C’est à ces moments-là qu’on goûte le charme chantant du brésilien. Sans compter les chansons sur air de bossa-nova où apparaît la suite de sons PARA-CHEE (manière de prononcer « Paraty » à la brésilienne).

En route vers Rio, c’est la même chose dans chaque village traversé, des villages qui ressemblent d’ailleurs à tous les villages ou petites villes de ce que l’on appelait il n’y a pas si longtemps encore « le tiers-monde » (mais c’est fini, c’est les BRICS maintenant…) : absence de plan d’urbanisme, constructions en béton inachevées avec les tiges de métal qui dépassent, les fenêtres comme des trous béants. H. B. sur son blog racontait une vision semblable, mais au Sénégal. Il expliquait cela par l’irrégularité des revenus : un propriétaire, ayant une soudaine entrée d’argent se lance dans une entreprise immobilière, lorsqu’il n’a plus d’argent, il s’arrête… en attendant la rentrée suivante.

Nous sommes maintenant de retour à Rio. Même hôtel. Même quartier, donc. Je n’aurai pas vu grand-chose, à Paraty. Il serait intéressant d’entrer plus avant dans l’histoire du pays et du lieu particulier qu’est cette zone de la Côte Verte… Il y a partout comme une atmosphère d’Afrique, qui viendrait bien sûr des nombreux descendants d’esclaves. A Ouiddah, au Bénin, il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de voir l’envers : le port d’où partaient les esclaves à destination du Brésil. Etait évoquée la peur des gens (habitants de l’antique royaume du Dahomey) que l’on forçait à embarquer sur ces bateaux menaçants fixés au large, par-delà cette barrière de courant qui rend la navigation si difficile. Ils étaient persuadés qu’on les emmenait vers la mort pour quelque obscure raison (ces scènes ont été remarquablement dessinées par Bourgeon). Mais un certain nombre d’entre eux ont survécu, fondant famille, obtenant parfois l’affranchissement, avant qu’enfin des lois soient votées (vers 1880) supprimant l’esclavage. L’article de Wikipedia sur ce sujet semble très bien documenté.

A Rio, pour une dernière matinée, je pars à l’exploration du quartier Santa Theresa. Petites maisons de toutes les sortes, riches et pauvres, parcs, palmiers, escaliers longs à gravir, voies de tramway abandonnées (depuis le carnaval de 2010…). L’Escalier Selaron est ici célébré comme une sorte de Palais du Facteur Cheval… en moins bien (oserais-je dire). C’est l’œuvre d’un patient céramiste ayant récolté des carreaux dans le monde entier et qui en a tapissé les marches. « L’artiste » est d’ailleurs présent, vendant son œuvre sous forme de cartes postales dédicacées et posant volontiers aux côtés de touristes nordiques hilares. Mais il est vrai, le Facteur Cheval accueillait lui aussi ses visiteurs…

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3 commentaires pour Brazil, Brazil – III – Elections et escaliers

  1. Un facteur Cheval au Brésil (belles photos) ? Quoi de plus normal, il allait par monts et par vaux et a récolté et semé ses cailloux comme un petit Poucet…

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  2. alainlecomte dit :

    Le facteur Cheval avait certainement une inspiration plus métaphysique…

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  3. JEA dit :

    ces brouillons de maisons, évoqués ici, rappelés pour le Sénégal, ils signent aussi la crise en Grèce…

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