Puissance des livres

Un scoop : deux livres fantastiques viennent de paraître, que je me suis empressé de m’offrir en cadeau de Noël, deux livres qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre, enfin… a priori. Ils auront au mois ceci en commun de m’avoir attiré de manière égale. En tout cas, je bazarderais bien cinquante des livres de ma bibliothèque pour ces deux là.
L’un est « le Journal » de Stendhal, en Folio. Quelque chose dont je ne soupçonnais même pas l’existence, ici publié grâce à un magnifique travail d’édition dû à Henri Martineau et Xavier Bourdenet.
« Je pourrais faire un ouvrage qui ne plairait qu’à moi et qui serait reconnu beau en 2000 » disait Stendhal le 31 décembre 1804. « le voici, cet ouvrage – disent les éditeurs – plus lent que les romans à s’installer dans l’amitié des lecteurs, que désarçonnent une liberté de ton, une désinvolture dans l’enchaînement des idées, un solipcisme des sensations peut-être uniques dans l’histoire de la littérature. Il s’agit pour Stendhal, de se saisir dans l’émotion actuelle, dans l’instant, sans recul, sans distance, sans recomposition et dans l’immédiateté absolue du fugace, du mouvant ».
L’autre (je vous l’avais dit, rien à voir) : « L’enchantement du virtuel – mathématiques, physique, philosophie » de Gilles Châtelet, également dû au travail de deux éditeurs patients et passionnés : Charles Alunni et Catherine Paoletti à partir de textes inédits ou devenus introuvables. Piochant au hasard, je relève ceci (p. 169) :
« Pour Grassmann, un texte mathématique rigoureux du point de vue déductif mais n’explicitant pas les « idées » et n’entraînant pas son lecteur dans le mouvement de contemplation (Übersichtlichkeit), n’était pas « scientifique » (au sens de l’époque : systématique, incorporant le concept dans son mouvement). C’était un texte en quelque sorte mutilé de la logique de l’intuition ».
Logique de l’intuition… nous y voilà (à ne pas confondre peut-être avec la logique intuitionniste). Mais n’est-ce pas aussi celle dont Stendhal a su faire preuve ?
J’aime Stendhal depuis l’adolescence et je ne connaissais comme journal, de lui, que « La vie de Henry Brulard », déjà une œuvre qui vous convainc de nouer des liens d’amitié avec cet homme là. Je suis loin de lui ressembler (rassurez-vous ou, au contraire, soyez déçu…) mais peu d’auteurs ont su me faire partager leurs émotions et impulsions, grâce à un style tellement direct, dépourvu de fioritures, allant droit au but.
J’ai vécu ma jeunesse dans la région parisienne, puis, je suis parti pour Grenoble où j’aurai passé la plus grande partie de ma vie… hasards de l’existence est-on accoutumé de dire, hasards, vraiment ? Et si je découvrais qu’inconsciemment c’est le désir de vivre dans la ville où Henri Beyle avait passé sa jeunesse qui m’avait attiré là ?
Quant à Gilles Châtelet, il me rappelle les ouvrages qui m’ont convaincu de faire des mathématiques, comme « Bords » par exemple, ce livre si original de Raymond Queneau.
Puissance des livres sur nos vies (et j’aurais d’autres exemples si un réflexe de pudeur face à la confession publique ne me retenait).

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5 commentaires pour Puissance des livres

  1. lignes bleues dit :

    ballades des savoirs, et c’est très bien comme ça. Confessions publiques dites-vous ?

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  2. Relire ce Stendhal et retrouver les enchantements de l’Italie : oui, un cadeau à s’offrir tout égoïstement !

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  3. Quotiriens dit :

    Personnellement plus enclin aux confidences de Stendhal mais l’enchantement peut prendre tant de visages en fonction des regards.

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  4. michèle dit :

    11 octobre 1828
    Voulez-vous éviter l’ennui en arrivant à Rome ? Avant de quitter Paris, ayez le courage de lire l’excellent dictionnaire de peinture du jésuite Lanzi, intitulé Storia pittorica della Italia . Ce livre est traduit.
    On pourrait prendre un maître des beaux-arts, qui, d’après ce qui nous reste de tableaux au Louvre, apprendrait à distinguer le faire des cinq écoles d’Italie : l’école de Florence et celle de Venise, l’école romaine et la lombarde, et enfin l’école de Bologne, venue en 1590, soixante-dix ans après la mort de Raphaël, et qui imite toutes les autres.
    in Voyages en Italie,
    Promenades dans Rome

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  5. jeandler dit :

    Stendhal!

    Grenoble a mis bien du temps pour le reconnaître comme l’un de ses fils.
    La maison du grand-père a été préservée. Et quel charme!

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