Après « le Monde »

Voilà c’est décidé. Le changement de plateforme est devenu effectif. Après plus de quatre ans de blog sur celle du « Monde », me voici désormais installé directement sur WordPress.
Occasion de changer de titre. J’aimais « kiki soso largyalo » car c’était attaché à des souvenirs profonds, ces mots prononcés au sommet d’un col par des ladakhis ou des népalais résonnent comme de beaux appels à la sérénité. « Les dieux seront toujours vainqueurs », certes. Ce qui signifie que quelque soit l’effort voire l’exploit, il y a toujours bien plus haut que nous, plus talentueux, plus doué, meilleur joueur, meilleur marcheur. Mais la formule, qui remonte à l’épopée de Geysar, héros et semi-dieu des légendes bouddhistes de l’ouest tibétain, à des non –initiés paraissait pour le moins curieuse… Il fallait, pour remplacer, un titre qui puisse évoquer une nostalgie de voyage, un souffle d’espace et en même temps l’idée d’un bruissement, celui des flots de mots et de discours qui nous enrobe sans cesse. Il y a une émission de radio qui s’intitule « les rumeurs du temps », beau titre mais déjà pris donc. Optons alors pour « rumeur d’espace », d’autant que comme les physiciens le disent aujourd’hui, le temps (au sens où il s’égrène pour chacun de nous) ne serait peut-être qu’une illusion de l’espace. De quoi sera-t-il encore question dans ce blog ? Comme le précédent, voire plus encore, il s’agira d’échos : ceux de livres (philosophie, science, poésie), ceux de films, ceux de voyages, entremêlés avec de la prose : narration, évocation ou ce qui n’ose pas s’affirmer comme de la poésie. L’écriture d’un blog est, comme celle des journaux plus ou moins intimes, un aspect de la recherche de soi. C’est pourquoi, entre autres désagréments, la « panne » de la plateforme du « Monde » a été plus blessante pour nombre d’entre nous, blogueurs, qu’il n’y paraît peut-être. Qu’est-ce que perdre quelques photos après tout ? pas grand chose, mais peut-on supporter, comme cela, une atteinte à l’effort de se saisir soi-même ?
Pourquoi aussi ne pas profiter de la situation pour passer à une autre forme de présence sur la Toile (Facebook, Twitter…) ? Les nouveaux réseaux privilégient la rapidité du contact, l’extension des relations, mais ce n’est pas là forcément ce qu’on cherche à atteindre dans la forme d’un blog. Plutôt que d’extension parlons plutôt d’intension (avec un « s », au sens anglo-saxon du terme, qui peut renvoyer si on le désire, à individualité et à intensivité). Un blog se fait pour soi, avant de se faire pour un groupe d’amis et de familiers. Ouvert donc, certes, mais tant pis s’il ne touche pas de grands nombres, les chiffres impressionnants qu’affectionnent souvent les professionnels.
Comme dit la chanson : « nous nous contenterons de peu, on meurt et on vit comme on peut, dans cet univers de Tziganes ».
Dommage d’avoir laissé derrière soi tous les posts écrits durant ces quatre années. Heureusement, ils étaient tous pré-écrits en word et j’ai gardé les fichiers. Cela me permettra quelquefois de republier quelques uns d’entre eux, ceux que j’estime les plus significatifs de l’état d’esprit que je viens de tenter de définir.
Merci aux amis (connus et inconnus) qui accepteront de me suivre dans cette nouvelle version.

Cet article a été publié dans Ce blog. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

17 commentaires pour Après « le Monde »

  1. michèle dit :

    Voilà, hop là.
    Je comprends mieux.
    Vous êtes donc, en quelque sorte, dans l’auto, soi-même, bio, la vie, graphein écrire.

    Bien, je ne savais pas cela : que l’on fait un blog de prime abord pour soi-même avant que de le faire pour autrui ; il me semblait que c’était un don de soi énorme, une générosité, un partage, un lien au-delà de l’espace et du temps, une reliance. Un atout.
    En guise d’ouverture, pour vous, de Perec espèces d’espaces.
    et l’autobiographie
    Vaste sujet prometteur de beaux débats.

    J'aime

  2. Olivier SC dit :

    Une nouvelle aventure avec un blog nouveau qui ne contient pas le transfert de votre ancien. Une solution que je conçois pénible ; je ne m’y étais pas résolu et mes déménagements ont inclus des exportations/importations … N’abandonnez pas, parfois, dans des titres de billets, par exemple, le kiki soso largyalo plein de sens que vous m’aviez expliqué un jour. On repart, on vous accompagne !

    J'aime

  3. Jean-Marie dit :

    L’exode commence. J’en ferai partie, à mon retour de voyage au mois de décembre. Pour le moment, j’en reste à Facebook, qui n’a rien à voir avec le blog.
    Tu dis : « Un blog se fait pour soi, avant de se faire pour un groupe d’amis et de familiers. » Je suis entièrement d’accord avec cette affirmation, même avec ce qu’elle peut paraître de narcissique. Mais le vrai narcissisme est celui du reflet de soi-même dans le regard des autres, qui s’accompagne souvent de débats qui tiennent plus d’invectives que du désir d’écouter les autres. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai toujours apprécié ton blog, car il présente ton opinion, tes réflexions, tes réactions mais invite toujours à un vrai débat.

    J'aime

    • alainlecomte dit :

      merci de cette remarque. C’est vrai que l’affirmation selon laquelle on fait d’abord un blog pour soi a quelque chose qui peut surprendre et frôle le narcissisme… mais à ce compte là on pourrait qualifier de narcissisme à peu près tous les essais (le plus souvent balbutiants) que nous faisons sur des voies de création (peinture, écriture etc.), nous ne faisons jamais alors que tenter de nous mettre à l’épreuve de certaines exigences (de cohérence, de rigueur…) et, dans cette épreuve bien sûr, compte l’avis des autres.

      J'aime

  4. role k dit :

    c’est drôlement bien dit, et je suis contente de vous suivre ici voilà… je sais pas trop quoi dire d’autre….et aussi de suivre le fil des commentaires, même si je ne peux pas toujours m’exprimer moi-même sur certains sujets complexes. c’est drôlement enrichissant de pouvoir participer à une création en marche…. j’suis ravie 🙂

    J'aime

  5. Quotiriens dit :

    Rumeur d’espace avec vue sur le toit du Monde.
    Voilà pourquoi à chaque visite de votre « glob » j’ai l’impression de prendre une grande goulée d’air pur.
    Ravi d’ouvrir à nouveau la fenêtre

    J'aime

  6. jeandler dit :

    Bon vent dans ces nouvelles voiles…

    J'aime

  7. Lali dit :

    Alain,

    Bien sûr que je vous suis dans votre nouvelle aventure et « Rumeur d’espace » est déjà dans mes liens.
    Dommage tout de même que les billets venus du Monde n’aient pas été incorporés à ce nouveau lieu… Mais chacun fait comme il l’entend!

    Bonne continuation et amitiés de Montréal.

    J'aime

    • alainlecomte dit :

      Rien n’est perdu. Quand j’aurai le temps, je m’occuperai de récupérer tout ça et de voir si je peux l’incorporer. Pour l’instant… mes occupations professionnelles me tiennent éloigné du blog…

      J'aime

  8. K. dit :

    Je suis d’accord. Un blog se fait surtout pour soi. Pas dans le narcissisme à mon avis. Plutôt dans l’introspection. Dans le temps du retour sur, de la prise de distance. C’est un peu comme…un carnet de notes personnelles, de choses vues, entendues, trop vite, un espace pour se retourner, se réapproprier et digérer, bref, un espace pour nourrir sa pensée, ou sa sensibilité. Quand ça nourrit aussi d’autres personnes, on est dans le partage, c’est encore mieux. J’aime bien votre espace, avec ou sans rumeurs, on y découvre et apprend beaucoup. A bientôt.

    J'aime

  9. jeandler dit :

    Tu as quitté le Monde. Comme une démangeaison. Une idée qui me trotte dans la tête…
    Mais tu ne nous parles pas, pour autant, d’outre-tombe.
    C’est mieux là-bas?

    J'aime

  10. Dunia dit :

    Je viens de le décider. J’arrête aussi mon blog sur Le Monde.fr. Depuis des mois j’en ai plus qu’assez de constater que d’anciens billets disparaissent ou qu’ils sont si difficiles à trouver que même en passant par la fonction « recherche » du site ou par google ils demeurent cachés. Sans compter le fonctionnement aléatoire de la partie « administrateur », le correcteur d’orthographe désormais inexistant -pratique pour les fautes de frappe- les commentaires qui s’évaporent ou auxquels on ne peut pas répondre, l’insertion d’images de plus en difficile et un référencement sur les moteurs de recherche de plus en plus déficient. A cela j’ajoute les nouvelles positions du Monde, « étonnantes » pour un quotidien qui autrefois était LA référence journalistique de la francophonie.

    Je reconnais que mes billets ne sont pas d’un intérêt fondamental pour le sort de l’humanité mais j’utilisais cet espace pour me souvenir précisément de certains passages de ma vie -pas toujours passionnante certes mais je n’en ai pas d’autre, j’y suis donc attachée- pour archiver mes connaissances sur les rats domestiques -fort nombreuses- et pour donner, en dehors du massif du Jura, des impressions de la Ville de la Chaux-de-Fonds et de ses alentours autres que ceux qui s’imposent immédiatement lorsqu’il s’agit de la Capital Horlogère. J’accomplissais ces missions plutôt bien. Concernant les deux derniers sujets évoqués, j’étais -il me semble- la seule sur le web à les traiter avec tant d’assiduité et qui dit assiduité dit travail. Il ne s’agit donc plus d’ego ou de narcissisme, juste de travail or, quel que soit le travail que l’on fasse, brocanteur, poissonnier, agriculteur, journaliste, ouvrier, écrivain, musicien, employé de surface, policier, infirmier bref, peu importe, chacun s’attache à ce que ce travail soit respecté. Ce n’est donc pas le bug de la plateforme du Monde qui me rend furieuse, cela peut peut arriver lorsqu’il s’agit d’informatique, mais la désinvolture avec laquelle on nous a annoncé que les centaines d’heures de travail effectuées par chacun d’entre nous s’avéraient définitivement perdues comme si bloguer consistait à se fourrer les doigts dans les narines lorsqu’on s’emmerde durant un long trajet en train.

    A croire que le véritable sens de leur sibyllin e-mail qui ne nous propose aucun dédommagement est « Dégagez! Vous êtes devenus indésirables ». Bon et bien… Si c’est cela on va dégager, hein? Depuis le temps qu’ils nous envoient des messages subliminaux avec leurs contrariantes pannes incessantes, il est temps de les prendre « aux maux. »

    Pour l’instant j’ignore où j’irai. Je sais uniquement que je manque totalement de motivation pour poursuivre mon blog sur la plateforme du Monde.fr. Comme je suis dans une période résolument positive, j’en conclu que c’est peut-être un signe. Qu’il faut que je cesse de bloguer pour m’adonner à des écritures plus « denses ».

    Mais j’avoue, que la désastreuse gélule sous forme de panne que Le Monde tente de nous faire passer, peine à glisser dans le gosier.

    J'aime

  11. Dunia dit :

    Après avoir écrit ce commentaire sur votre blog, j’étais si dépitée que je l’ai repris presque sous la même forme pour annoncer à mes lecteurs que je cessais toute activité sur la plateforme du Monde.

    J'aime

  12. @ Alain Lecomte : « intension », belle définition ! J’espère – et suis sûr – que votre nouvel « espace » s’agrandira comme l’ancien, allant des paysages aux livres, et des films aux aquarelles.

    @ Dunia : je partage tout à fait votre analyse et j’avais déjà pris la décision de quitter les blogs du monde.fr (avec Le Chasse-clou) depuis le 11 octobre. J’ai visité parfois votre blog, très original, et je souhaite que l’on puisse vous retrouver ailleurs, si vous nous en laissez l’adresse !

    J'aime

  13. michèle dit :

    >Dunia
    un matin, à l’aube, je me suis levée. L’océan, à vue, était glacial, sombre, agité. Baignade difficilement envisageable, malgré un désir intense d’y plonger. Nous avions dormi dans une toute petite chambre de petits baraquements auparavant réservés aux familles des gardiens de phare.
    Je me suis dirigée droit vers une palissade en bois usée par les vents et le sel ; à l’entour, de rares plantes supportant les rigueurs climatiques, mais toutes en fleurs, à ras de terre pour résister aux tempêtes.
    Là, j’ai dû monter sur une pierre car la palissade était élevée pour protéger, un tant soi peu, le jardin des alentours du phare : devant mes yeux à peine réveillés, j’ai dû cligner – croyant rêver – se prélassait une colonie de phoques, paresseusement étendus sur un rocher, faisant provision de chaleur avant de replonger, eux les chanceux, les téméraires dans le glacial océan.
    Au réveil, j’ai emmené mes petites.
    Deux heures après ils avaient plongé dans les fins fonds marins.
    Un seul restait pour mémoire.

    J'aime

  14. alainlecomte dit :

    Très beau, Michèle. Mais moi, je me demande si j’ai le courage de continuer un blog… le coup du Monde a été un sacré coup de massue. Je leur en veux beaucoup….

    J'aime

  15. Ping : Bloguer ou ne pas bloguer » Se fier à Fillon ? …

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s