Un intellectuel engagé

picture-13.1170869937.jpgLes Cahiers de l’Herne viennent de sortir un numéro spécial sur CHOMSKY. Vous savez, ce penseur américain qu’un journaliste du Monde, commentant récemment le dernier livre de Bouveresse (lequel fait référence à Chomsky) considérait comme un penseur « baroque ». Comment un philosophe français digne de ce nom, avait-il l’air de dire, peut-il s’appuyer sur une référence si peu autorisée. Chomsky sent-il le souffre ? (cela rappelle un peu le titre du beau livre de Daniel Dennett : « Darwin est-il dangereux ? »). La pensée correcte qui, ces temps ci, on l’aura remarqué, s’aligne sur la pensée Sarkozy, ne peut plus en effet admettre certains auteurs. Peter Handke ferait-il aussi partie du lot que cela ne nous étonnerait pas. De Handke justement il est question dans l’introduction à ce numéro de l’Herne, sous la ,plume de Jean Bricmont et Julie Franck. Sont ici abordées les positions politiques de l’illustre linguiste. Je ne peux faire mieux que les citer.

 

Un dernier aspect de l’œuvre de Chomsky qui dérange en France est dû à ses choix et à ses priorités politiques. Pour l’expliquer, comparons la Bosnie à l’Irak. Le conflit en Bosnie a suscité une mobilisation massive des intellectuels français, menant même à la création d’une liste électorale (« Sarajevo ») lors des élections européennes de 1994. Et en mai 2006, un grand nombre d’artistes se sont « mobilisés » pour soutenir la déprogrammation par la Comédie Française d’une pièce de Peter Handke, « coupable » d’avoir assisté à l’enterrement de Milosevic et d’y avoir prononcé un discours jugé « négationniste ».

Mais quid de l’Irak ? La ville de Fallujah attaquée par les marines en 2004 aura été un Guernica sans Picasso. Une ville de 300 000 âmes privée d’eau, d’électricité, et de vivres, vidée de ses habitants qui sont ensuite parqués dans des camps. Puis le bombardement méthodique, la reprise de la ville, quartier par quartier […]

Face à cela combien de protestations ? […]

La différence de réaction entre la Bosnie et l’Irak est facile à comprendre : dans le cas de la Bosnie, on ne trouvait presque personne pour défendre et exposer le point de vue serbe ; on pouvait par conséquent adopter une posture héroïque de « résistance au fascisme » sans aucun risque. Au contraire, en appelant les Etats-Unis et l’Europe à intervenir, on se mettait du côté du plus fort, renforçant encore des pouvoirs responsables de crimes bien pires que tout ce dont on pouvait accuser les Serbes. Par contre, dénoncer ouvertement la politique américaine en Irak, c’est s’exposer à toute une série d’attaques de la part des medias ou des intellectuels dominants : anti-américanisme, soutien au terrorisme ou à l’islamisme. Bertrand Russell disait que le véritable courage consiste à dénoncer les crimes de son propre camp pas ceux de l’adversaire. Chomsky ajouterait sans doute que ce n’est pas qu’une question de courage, mais de sincérité : les gens qui sont réellement préoccupés par les souffrances humaines commenceront à s’attaquer à celles sur lesquelles ils peuvent le plus facilement agir, c’est-à-dire celles qui résultent de l’action de leurs propres gouvernements.

 

 

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