Zoug et Zouc

Il y a quelques temps (note du 24 août) je parlais de la Suisse (en bien…), et plus particulièrement de sa littérature. Je sais que depuis, on a parlé de la Suisse, dans la presse internationale, à propos de toute autre chose : la « votation » concernant le statut des requérants d’asile. Presque 70% des votants ont accepté un texte (dû principalement au conseiller Blocher, qui dirige actuellement le département « Justice et Police » au sein du Conseil Fédéral et qui représente l’extrême-droite helvétique, malgré son étiquette modérée de « Union Démocratique du Centre » – que d’étrangetés en quelques mots… justice et police dans un même département, imaginons Sarkozy à la fois ministre de l’intérieur et garde des sceaux, « union démocratique du centre » étiquette cache-sexe pour l’extrême droite-), un texte, donc, qui institue la « non entrée en matière » pour toute personne requérante d’asile incapable de fournir des papiers à la première réquisition, et qui supprime toute aide sociale aux requérants déboutés de leur demande dès que la mesure est prononcée. Bon, je sais, on me dit que certaines villes connaissent un afflux d’immigrants (probablement Genève, Lausanne, Bâle …), mais pour d’autres en revanche, je ne suis pas sûr que ce soit le cas (y a-t-il une forte population d’origine étrangère à St Gall ? à Coire – cette charmante petite ville des Grisons, Chur en allemand, ne dites pas « chure » – dans l’Appenzell Rhodes-Intérieures ? Rhodes-Extérieures non plus d’ailleurs, quant à Obwald et Niedwald, je vous dis pas… la vallée du haut et la vallée du bas). Bref, le fédéralisme c’est ça : l’inégalité des territoires. Ne parlons pas de ces cantons, comme Zoug (oui, ça existe, si vous ne le savez pas, les détenteurs de grosse fortune, eux, le savent), qui pratiquent la surenchère fiscale. Plus vous êtes riche, moins vous payez d’impôts ! au détriment inévitablement des cantons pauvres (Jura, Neuchâtel…) qui ne peuvent pas demander d’aide aux cantons plus riches (dans ma note précédente, je parlais de ces cantons pauvres de la Suisse romande).

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Pourquoi je parle de la Suisse aujourd’hui (en moins bien que la fois d’avant) ? Parce que j’ai lu ce chouette petit livre réédité récemment, suite de courts entretiens entre Zouc et Hervé Guibert (« Zouc par Zouc » chez Gallimard). Zouc : rien à voir avec le canton cité plus haut ! Pour les plus jeunes qui ne l’auraient pas connue sur les planches, Zouc était une comédienne extraordinaire dans les années soixante-dix quatre-vingts, qui faisait des « one woman show » au cours desquels on passait sans arrêt du rire aux larmes. Quand elle imitait un bébé de trois ans, elle était un bébé de trois ans, aussi bien que lorsqu’elle mimait une grand-mère, elle était la grand-mère. La satire des habitants d’un village (de Suisse, Zouc est jurassienne) était mordante. Il y avait une « madame von Allmen » en particulier, qui reste dans la mémoire de tous ceux qui ont vu ces sketches, une madame von Allmen que quiconque fréquente un peu ces régions reconnaît (hélas, disons-le !) dans chaque village. Elle le dit, Zouc, dans cette série d’entretiens, dans ces villages, « les gens ne se parl(ai)ent pas ». On pense bien sûr à Brel : « on ne pense pas, monsieur, on prie ». Ici : « Madame Untel, je lui parle pas parce qu’il y a deux ans son chien a mordu le mien. » « On ne va plus dans tel magasin parce que le beurre est baraté à la bernoise. » Mais, dit Zouc, « heureusement qu’il y avait des morts pour rompre la monotonie ». « Tout à coup, ces gens qui ne se disaient plus que « bonjour au revoir, votre mari va bien, les enfants sont guéris, le temps s’est quand même mis sur le beau, tant qu’on a la santé faut pas se plaindre » se mettaient à se parler : « vous n’êtes pas au courant, c’est terrible, Untel est mort. » Tout le monde devenait plus abordable. »
Oui, ça détourne un peu des images idylliques. D’ailleurs : « Quand les Parisiens s’exclament : « Ah, la campagne, la campagne, ça sent bon, on mange des œufs frais !, je pense : « Tiens, en voilà encore qui rêvent la campagne ». »
Autre chose : un agriculteur du Nord-Isère (père d’une amie de notre fils) a reçu récemment des menaces de mort parce qu’il avait vendu quelques arpents de terrain à une famille turque. Ça, c’est en France.

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