Conseil au lecteur: ne pas oublier que si l’on souhaite voir les photos en grand, il suffit de cliquer sur chacune d’elles!
25 novembre : dernier jour à Louxor. Très tôt le matin, j’ai voulu aller de nouveau au temple de Louxor, afin, en ce qui me concerne, de faire des croquis, pendant que C. faisait des photos en noir et blanc. Bateau au soleil levant. Nous sommes seuls sur le fleuve, puis seuls devant le temple qui n’ouvre qu’à 7 heures contrairement à ce que’on nous avait dit, nous affirmant qu’il ouvrait à 6. Tant pis, je dessinerai la façade au travers des grilles. Quand l’heure d’ouverture arrive, un seul car égyptien approche de la billetterie, avec nous un seul touriste, jeune italien le casque sur les oreilles qui jouit autant que nous de cette situation merveilleuse : être quasi seul dans ce temple au moment où se lève le soleil. Après la façade, je dessine un pharaon, puis l’enfilade des colonnes et enfin, le couple enfantin constitué par Toutankhamon et sa jeune compagne. Nous repartons vers 8 heures rejoindre nos amies, en prenant un touk-touk (autrement dit un rickshaw, comme dans les villes indiennes) pour aller plus vite autrement dit être plus vite à pied d’oeuvre pour le petit-déjeuner et pour la poursuite des visites.



Un morceau de choix pour la fin : le temple funéraire de Ramsès III, à Medinet Habou. Nous prenons les tickets d’entrée en face du village de Gournah, d’où les habitants ont été expulsés. Ce petit village dans la pente est typique de l’architecture arabe et sert paraît-il souvent de décor de film. Medinet Habou commence, comme toujours, par une vaste esplanade d’entrée, en ce moment occupée par des travaux d’installation d’une estrade et de fauteuils pour une représentation future, il continue par un immense pylone représentant les hauts faits du pharaon et de sa clique, se poursuit par une allée de colonnes palmiformes avant d’entrer dans une salle péristyle richement décorée puis dans le saint des saints, le sanctuaire en lui-même avec ses chapelles et ses statues. Ce qu’il a de très particulier, c’est que le palais même où vivait Ramsès y est acollé, ce que l’on voit rarement, tellement dans ces ruines, le plus souvent, la vie quotidienne des gens, fussent-ils pharaons, nous est dérobée au profit de la vie funèbre et de l’outre-tombe. Ici sont des chambres pour les enfants, des salles de rencontre et même des WC, authentiques WC comme ceux de nos jours encore. Autre trait particulier : l’excellente conservation des peintures qui revêtent les colonnades et les plafonds, on retrouve ici les couleurs pastels que nous avions vues au cours de notre voyage en felouque sur les bords du Nil lorsque nous accostions près d’une petite guinguette fraîchement repeinte. Les lapis lazzulis et les rouges magenta sont pimpants. La lignée des Ramsès est sculptée. Les hiéroglyphes sont faits de profondes entailles : suite aux mésaventures de Hatchepsout après sa mort qui vit souvent ses inscriptions effacées, les successeurs ont tenu à ce que les écritures soient profondes dans la pierre. On trouve ici, comme à Karnak et ailleurs, des représentations d’Amon comme dieu de la fertilité, les spécialistes appellent cela l’état ithyphallique du Dieu Amon ! Ce que l’on peut traduire plus simplement… comme le Dieu bandant !



Enfin, ce Ramsès III me permet de fermer une boucle, c’est lui qui m’avait intéressé lors de la visite du Musée de Turin car on y voit le célèbre papyrus qui relate le procès fait à celles et ceux qui ont conspiré contre lui (ses femmes en premier lieu et quelques-uns de ses généraux, dont on brouillait les noms sur le papyrus afin que la postérité ne les retienne pas !) et qui, finalement, comme le prouvent des recherches récentes, ont bien conduit à sa mort.
Au retour, arrêt sur les colosses de Memnon. Tas de pierres bien abîmés.
Après quoi, le soir, nous repartons, mais sans guide, pour explorer la ville moderne de Louxor. C’est l’heure du coucher du soleil, le Nil, quand nous le traversons dans une de ces navettes fluviales dont j’ai déjà parlé, brûle de reflets mordorés, s’y découpent les voiles de multiples felouques qui donnent l’impression d’une régate. Sur la rive Est, nous cherchons un magasin qu’on nous a conseillé, pratiquant le « fair trade », mais ne le trouvant pas tout de suite, nous nous dirigeons vers le souk et sur la grande avenue qui conduit à la gare, sommes heureux de ne rencontrer aucune gêne à marcher ainsi librement en ville, n’étant jamais importunés et étant même vus, semble-t-il, avec sympathie par les citadins de Louxor. Nous avons repéré une adresse, le Sofra, café restaurant réputé qui se trouve dans une petite rue ombragée perpendiculaire à l’autre avenue menant vers la gare. Superbe villa de plusieurs étages avec salons décorés à l’orientale, on se croirait au temps de Pierre Loti. Pour boire une tisane d’hibiscus bien rouge. Dommage qu’il soit trop tôt pour prendre le repas du soir, les noms des plats sont alléchants. C’est au retour vers le Nil que nous trouvons l’échoppe recherchée, petite boutique tenue par deux dames dont une vieille qui ne lève guère son regard du film musical en noir et blanc datant de l’autre siècle, qu’elle suit avec délice. La plus jeune nous montre ce qu’elle a, censé venir des diverses régions du pays, mais rien ne nous attire vraiment. Nous reprenons un bateau pour rentrer sur la rive Ouest et finissons par aller manger dans une taverne pour touristes.




26 novembre : mongolfières et retour. Dans un premier temps, j’ai été réticent, trouvant cela un peu gadjetiforme et sûrement décevant (qu’est-ce que 40 petites minutes dans les airs allaient apporter à notre impression d’Egypte? D’autant que c’est pas donné). Puis je me suis laissé convaincre, après tout, on ne sait jamais, ça peut être bien, et la lecture du Lonely Planet m’a plutôt encouragé à essayer. Nous nous retrouvons donc à cinq heures trente dans un immense champ (près de Gournah) où l’on commence à gonfler à l’hélium les ballons géants de tissus soyeux et vivement colorés. Quand le signal d’autorisation est donné par les autorités de l’aéroport, les employés se ruent sur les machines afin de les faire décoller, les très nombreux touristes sont répartis en groupes d’une vingtaine, chaque groupe assigné à un panier d’osier dans lequel on monte avec empressement. Consignes sont données en cas d’avarie. Les ballons (ils sont au moins quarante) commencent à s’élever dans le ciel au moment du lever de soleil. C’est un peu la fête, même si les touristes en goguette n’ont pas un grand respect pour les lieux survolés. Nous voyons juste le Ramesseum, temple consacré à Ramsès II, lieu de fouilles actives, puis notre Medinet Habou que nous survolons lentement avant de nous poser quelques mètres plus loin, à l’orée du désert. Voilà, ce fut amusant, modestement instructif, et nous avons vu les familles à l’heure du lever et du petit déjeuner en les survolant de quelque mètres, mais appréciaient-elles, elles, d’être ainsi survolées ? Après cela, il ne restait plus qu’à prendre la route du retour, traversant le désert jusqu’à la mer Rouge pour prendre l’avion du retour à l’aéroport de Hourghada. Là, c’est tout à fait autre chose, le faux-luxe, le fric, les complexes touristiques, les golfs en construction…


1D’après le dictionnaire de la civilisation égyptienne de Georges Posener en collaboration avec Serge Sauneron et Yves Yoyotte (célèbre égyptologue), « Ptah est Dieu de la ville de Memphis. La théologie locale le considère comme le créateur du monde, ayant mis les formes visibles sur la Terre par le coeur et la langue ».
Beau retour !
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Merci! comme j’aimerais y être encore!!!
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