L’année qui s’est achevée en prépare une aussi terrifiante

2023, l’année d’un retour en Italie, d’un séjour à Rome suivant les Caravage à la trace, s’échappant de la ville pour contempler à Tarquinia, les petits chevaux et les sublimes tombes étrusques (que l’on voit dans le film assez moyen à mon goût d’Alice Rohrwacher, La chimère) ou plus tard d’un passage par le nord de l’Italie, près des lacs et des demeures somptueuses des aristocrates d’autrefois avant de continuer vers les Grisons et de séjourner près de Stampa, le berceau de la famille Giacometti…

2023, l’année d’un nouveau Festival d’Avignon et de nouvelles rencontres d’Arles, marquées respectivement par deux spectacles du in : Welfare (de Julie Deliquet) d’après Fred Wiseman et Ecrire sa vie, d’après Virginia Woolf, mis en scène par Pauline Bayle, et par deux grandes expositions, celle de Gregory Crewdson et celle de Saul Leiter,

vue du spectacle Ecrire sa vie à Avignon en juillet 2023

2023, l’année des amitiés et des rencontres avec des personnes qui m’auront aidé à mieux percevoir le monde et la culture, et des retrouvailles avec certaines autres, relançant mes réflexions sur des sujets un peu délaissés au cours de ces dernières années, je ne les cite pas, ils ou elles se reconnaîtront,

2023, l’année de belles lectures : Aurélien Bellanger, Walter Benjamin, Marie-Hélène Lafon, Maurice Pons, Pierre Michon, Etienne Klein, Rinny Gremaud, Mathias Enard, Neige Sinno, Paul Auster, Jean-Philippe Toussaint, Daniel Maggetti

2023, l’année de ma rencontre avec le courant de la critique de la valeur-dissociation, provoquée en premier par ma découverte de la pensée de Moishe Postone dans un livre trouvé par hasard à la librairie grenobloise de La Dérive, Marx, par-delà le marxisme. Ce livre m’a ouvert tout un horizon, moi qui depuis longtemps avais déserté la réflexion en matière sociale et politique, pensant qu’il n’y avait plus rien à tirer de ce côté-là,

Moishe Postone

2023, l’année d’une expérience théatrale de courte durée, jouant un personnage mineur d’une pièce mineure sur une scène de Buis-les-Baronnies, et de courts spectacles-lectures de poèmes sur la guerre en Ukraine,

2023, l’année de rencontre de nouvelles peintures, les miennes évidemment (que par définition je ne connaissais pas avant!), et celles de deux artistes que j’apprécie hautement : Lucie Geffré et Jean Imhoff ; sur ce plan de la peinture, l’année où j’ai approfondi ma pratique en étant plus sensible à la nécessité de recouvrir les toiles de plusieurs couches, comme si on allait faire à l’envers le travail d’archéologie auquel nous sommes conviés journellement lorsque nous voulons appréhender l’épaisseur du temps,

2023, l’année où j’ai découvert la réflexion de Moïshe Postone et de Robert Kurz. Dégoûté du communisme, irrité par une gauche trahissant ses idéaux et cantonnée dans des rôles tribunitiens ou d’adjuvant, j’errais depuis longtemps à la recherche d’une approche nouvelle et convaincante. Je ne voyais nulle part le moindre éclair de pensée cohérente et argumentée pour jeter une lumière sur l’évolution de notre monde, évidemment capitaliste. Les philosophes post-structuralistes et post-modernes, avaient fait leur temps. Foucault n’apportait qu’une vague notion de pouvoir dilué, empêchant de comprendre l’origine des crises et des catastrophes. Il flirtait finalement avec le libéralisme (il avait aussi soutenu la « révolution » iranienne!). Bourdieu était bien sympa mais son sociologisme laissait entendre qu’il n’y avait rien en dehors de la domination de classes sur d’autres et que la culture ne servait d’ailleurs qu’à ça, fonder une domination « symbolique ».

Le penchant auquel le doute nous ramenait était donc vers le renoncement individualiste, le développement d’un subjectivisme exacerbé, trouvant son exutoire dans des pratiques littéraires et artistiques qui, certes, ont leur place, et doivent l’avoir toute, mais qui ne suffisent pas. Encore faut-il orienter les réflexions qui les fondent vers un horizon d’explication. Graeber avait été un premier pas. Il était drôle que justement il s’en prît à cette attitude résignée qui caractérise le post-modernisme : « notre condition post-moderne a pour conséquence que les projets qui visent à changer le monde ou la société par l’action politique collective ne sont plus viables […] L’action politique légitime [pourrait] encore advenir, [mais] à condition qu’elle se situe au niveau personnel : en façonnant des identités subversives, des formes de consommation créative etc. ». Mais Postone et Kurz marquèrent le pas décisif. A l’occasion, je suis retourné vers André Gorz, dont j’avais oublié avec le temps la réflexion avancée, incroyable analyste des tendances les plus modernes du capitalisme et de ses conséquences écologiques, puis vers Guy Debord, que j’avais négligé de lire en son temps. J’ai trouvé chez ce dernier des formulations que j’aurais du lire et qui m’auraient éclairé puisqu’elles usent presque des mêmes termes que ceux que je trouve aujourd’hui dans le courant Critique de la Valeur/Dissociation. Mais Kurz et Postone, et Roswitha Scholz, sont allés plus loin (on peut trouver un aperçu de leurs idées dans mes divers billets, étiquetés « critique de la valeur »).

2023 enfin, l’année marquée par deux événements politiques : la loi sur les retraites et la loi sur l’immigration. Sur la première, j’ai participé aux manifestations plus par esprit de solidarité que par conviction intime. Cette loi était prévisible : dans la logique capitaliste où nous sommes et dont nous ne sommes pas prêts de sortir, il est attendu que les gérants de l’économie mettent en avant ce qu’ils appellent « l’avenir des régimes de retraite ». La gauche traditionnelle et les syndicats se sont mobilisés contre l’augmentation de deux ans de la durée du travail. On comprend cette nécessité de s’opposer à deux ans de plus quand le travail est le travail abstrait du Capital, mais à tant faire, a-t-on envie de dire, pourquoi ne pas prendre le problème de façon plus radicale ? Le problème c’est le travail, ce n’est pas « deux ans de plus ». D’autant que nous savons que les deux ans de plus ne se feront pas et que les gens préféreront partir avant les 64 ans fatidiques, quitte à ne pas avoir tous leurs droits, d’où il résultera plus de pauvreté. Le vrai problème est donc là : la pauvreté, l’effondrement de la richesse matérielle dans un univers où se créent des ilots de valeur accumulée dans les mains de quelques uns.

Je suis contre la violence qui n’est qu’une expression de haine, et qui ne peut que déboucher sur plus de haine encore. Mais je ne suis pas contre les actions d’éclat à forte portée symbolique. Ce sont elles qui font réfléchir et qui éveillent les consciences. En 2023, les mains collés des manifestants des soulèvements de la terre sur le bitume des autoroutes, les pots de soupe ou de confiture lancés contre les œuvres d’art m’ont interpellé. Comme l’explique bien Camille Etienne, ce n’était pas l’art en soi qui était visé, mais l’exploitation qui en est fait. Ce pauvre Vincent souffrirait de voir ses œuvres atteindre des sommes si colossales, et donc être transformées en marchandises de luxe. C’était loin d’être son but et s’il avait vu cela, je suis sûr qu’il n’en aurait tiré que des raisons supplémentaires de se suicider. Que dire d’un monde qui hyper-valorise des représentations de la nature au moment où il la détruit ? Quant aux mains collées sur le bitume, elles ont permis de montrer la rage irrationnelle de ceux et celles, automobilistes, qui injuriaient les auteurs car ils préféraient la continuation de leur petites affaires à un arrêt même momentané de la circulation pour réfléchir un peu à l’avenir du monde.

manif contre les retraites – oeuvre personnelle

En 2023, il y eut une année entière de manifestations contre les retraites mais pas une seule action à forte portée symbolique. Voilà bien l’exemple des actions du vieux mouvement ouvrier, comme ils disent. On tourne autour des remparts d’Avignon, et on se retrouve au bistrot du coin devant un quart de rouge et bien au chaud. Pendant que la Terre brûle.

Je ne suis pas contre des actions contre les quelques milliardaires qui accaparent la richesse mondiale, même si je répugne à la personnalisation des rapports sociaux. Je ne suis pas contre que l’on empêche de décoller les jets privés des grands patrons. Je ne suis pas contre le fait d’envahir les AG d’actionnaires. Je ne suis pas contre le fait que des informaticiens bien placés perturbent les communications des grands groupes. Encore faudrait-il que cela se fasse. J’ai peu entendu parler de certaines de ces actions.

L’année 2023 est aussi celle de la loi sur l’immigration qui sonne le glas de toute confiance dans un président qui serait paraît-il un barrage contre l’extrême-droite quand, au contraire, il endosse les idées de cette dernière… (cf. ici)

2023 encore l’année où la dénonciation des crimes et attitudes sexistes (ou androcentrés) explose. Année du film Le Consentement et du récit Triste tigre de Neige Sinno. De la révélation au grand jour de l’ignominie de Depardieu et d’autres hommes célèbres du même genre (Poivre d’Arvor, Duhamel etc.), où l’on ressort l’affaire Althusser quarante-trois ans plus tard, étalant au grand jour la duplicité des intellectuels de l’époque qui ont voulu le protéger en inventant des scénarios improbables au terme desquels… il aurait étranglé Hélène Rytmann pour éviter à celle-ci les souffrances de la dépression ! Un médecin connu, Baptiste Beaulieu écrit dans un article qu’après avoir parcouru les campagnes, et regardé vivre, dans son cabinet ou chez eux, de multiples familles, il en vient à la triste conclusion qu’il pense que… les hommes n’aiment pas les femmes. C’est à se demander s’il n’a pas raison quand on voit croître le nombre de féminicides et quand, de plus en plus, on en vient à trembler pour ses filles et petites-filles qu’elles ne tombent sous le joug et l’emprise… d’un homme. Oui, d’un homme, tout simplement. Même pas d’un homme « violent ».

2023, l’année de deux guerres atroces. La suite de l’envahissement de l’Ukraine par la Russie en 2022, débouchant sur de nouveaux Verdun. Puis le massacre du 7 octobre, débouchant, en grande partie par la faute d’un gouvernement israëlien criminel (et clairement fasciste), sur un écrasement de masse de la société civile de Gaza. Sur la ligne des théoriciens pro-Marx Postone et Kurz, j’ai repris l’analyse selon laquelle ces catastrophes sont le produit d’un éclatement de la société capitaliste mondiale (chaque segment cherchant à imposer ses règles régionales) d’où il suit des effondrements locaux et des conflits de masse où nous retrouvons l’écho des deux Guerres mondiales passées (le première en ce qu’elle opposait des puissances capitalistes entre elles qui visaient à asseoir leur suprématie, la seconde en ce qu’elle fut la matrice des problèmes du Moyen-Orient d’aujourd’hui, à cause de la Shoah).

Certains ouvrages non littéraires nous marquent plus que certaines œuvres littéraires, que certains romans, ainsi je garde plus en mémoire le livre de Camille Etienne que le roman de Zeruya Shalev ou même celui de Sorj Chalandon (que je ne suis pas encore arrivé à terminer. Trop loin de notre temps).

J’ai vu de grands films. Perfect Days, Le Garçon et le Héron, Anatomie d’une chute et Tar forment le quatuor de tête, mais il y eut aussi Unrueh et About Kim Sohee. Et puis aussi les Banshees of Inisherin...

Mais aussi des films insipides dont j’ai oublié le titre et c’est à ça que je les reconnais. D’autres dont j’ai retenu le titre mais dont je préfère ne pas parler tant ils m’accablent par leur sentimentalisme et par leur passéisme, ne permettant d’aboutir à aucune prise de conscience sociale un tant soit peu consistante. Leurs réalisateurs ronronnent. Souvent âgés, ils s’appuient sur une expérience passée et sur un public acquis d’avance.

2023, une année qui ne fut donc pas sans intérêt… comme chaque année si on veut bien faire l’effort de se souvenir, et, en se souvenant, de prévoir ce qui peut nous donner encore un peu de force et d’espoir pour endurer des demain qui seront lourds et difficiles.

Les endurer à condition, comme toujours, que nous ayons la chance de pouvoir maintenir autour de soi amour et amitié.

Bonne année!

Cet article a été publié dans Actualité. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

9 Responses to L’année qui s’est achevée en prépare une aussi terrifiante

  1. Avatar de Girard A Girard A dit :

    J’essaie de faire le même effort mais je ne me rappelle que, difficilement en plus, du très beau film » les feuilles mortes », des lectures de science fiction de Damasio et Bacigalupi. De la catégorie fantasy avec un auteur truculent, au vocabulaire d’une richesse incroyable pour un genre que je n’avais jamais imaginé aborder et dont j’ai zappé le nom.
    La redécouverte de régions des Cévennes longtemps ignorées.
    Et puis la désillusion concernant la tentative ukrainienne de ces derniers mois et autant sinon plus encore dans la réalité de l’aide occidentale.
    Bonne année 2024.

    J’aime

  2. Avatar de W.E W.E dit :

    Je commenterai seulement ce petit passage :

    « Je suis contre la violence qui n’est qu’une expression de haine, et qui ne peut que déboucher sur plus de haine encore. Mais je ne suis pas contre les actions d’éclat à forte portée symbolique. Ce sont elles qui font réfléchir et qui éveillent les consciences »

    Pour un lecteur convaincu de certains textes marxiens, je vous trouve ici bien idéaliste.

    (1) Vous opérez une réduction de la violence à une certaine de ses formes, qui est celle du ressentiment. Outre que parfois ce ressentiment peut être légitime, je vois mal comment certaines révolutions, incontestablement violentes en maints endroits (Spartacus, la Révolution française, la révolution des soviets, la révolution cubaine, les luttes pour l’indépendance nationale dans les pays du dit « tiers-monde », etc.) ont-elles pu « déboucher sur plus de haine encore ». S’il est incontestable que la violence physique et ciblée envers des biens ou des personnes est toujours moralement condamnable, il me semble faux de soutenir qu’elle n’est que négative ou régressive. Lorsque Sartre disait qu’on ne peut combattre un mal que par un autre mal, je crois qu’il parlait des cas où des situations régressives ou barbares engendrent une violence elle-même, par maints aspects, régressives ou barbare mais pouvant supprimer ces situations. Un processus dialectique assez banal.

    (2) Les actions d' »éclat à forte portée symbolique » peuvent effectivement faire réfléchir. Mais je crois qu’ici il faut se souvenir de cette fameuse citation de Marx : « Ce n’est pas la conscience qui détermine l’être social, mais l’être social qui détermine la conscience ». Correctement interprétée, cette citation ne nie pas qu’il existe une efficace des idées ou de la superstructure – le même Marx disait que les idées deviennent des forces matérielles lorsqu’elles s’emparent des masses. Il me semble qu’elle indique simplement que les idées et la conscience n’ont pas d’existence indépendante des corps et de leurs organisations matérielles – principe élémentaire du matérialisme. En vertu de quoi, le symbolique n’a d’efficace causal que si et seulement si les conditions matérielles le permettent. Le problème réside bien dans ce foutu rapport social qu’est l’emploi (plutôt que le « travail », mais je commenterai une prochaine fois les théories critiques de la valeur) qui nous brise matériellement et nous asservit intellectuellement. Pas très étonnant, en rajoutant en plus les technologies d’influence des mass media, que les actions symboliques (dont je trouve que nous ne manquons pas, ayant un milieu de la culture assez hypertrophié) ne bousculent pas les foules.

    Je ne vous dirai pas que j’espère meilleure que la précédente. Comme l’a écrit un auteur que j’aime beaucoup, rien n’oblige à l’espérance, qui est une vertu théologale. Cessons d’espérer, commençons à vouloir.

    Bonne année à vous !

    J’aime

    • Avatar de alainlecomte alainlecomte dit :

      Merci de votre commentaire.
      Ne vous méprenez ni sur mes intentions ni sur le contenu de ce blog. Ne cherchez ici ni un exposé de la théorie marxiste traditionnelle, ni un brûlot révolutionnaire. Je ne suis ni marxiste, ni « révolutionnaire », je vois dans ces termes des fétiches, comme l’aurait dit Marx lui-même, très probablement! J’ai essayé dans plusieurs articles de commenter les écrits d’auteurs qui m’ont beaucoup appris, principalement Moishe Postone et Robert Kurz. Ils ne sont pas marxistes eux-mêmes, se disant simplement marxiens, ce qui fait une grande différence. Cela veut dire qu’ils reprennent à Marx des concepts fondamentaux qui servent encore à expliquer le capitalisme: marchandise, valeur, travail. our eux (et pour moi) ce sont ces concepts qui expliquent le capitalisme, et pas ceux de classe sociale, voire de lutte de classe. Le Capital en tant que « méga-sujet » est consubstantiel à notre société et à la manière dont sont conçus le travail et la valeur. Comme dit Postone, travail et valeur ne sont pas « transhistoriques ». Le tort d’un certain Marx (celui qui est qualifié « d’exotérique ») est d’avoir laissé penser que le travail était en soi une valeur et que le capitalisme l’entravait, d’où la nécessité de le libérer, au travers pourquoi pas d’une « révolution sociale ». Le Marx ésotérique, celui des Grundrisse en particulier, ne dit pas ça du tout. Chez les auteurs dont je parle, vous ne trouverez jamais employé le mot de révolution… La critique de la valeur/dissociation est une théorie critique qui nous permet de comprendre et d’analyser les mécanismes du capitalisme, non seulement de manière « économique » (encore que le mot d’économie soit suspect) mais de manière existentielle, liée aux formes de conscience (définies dans le cadre de la théorie du fétichisme). De ce point de vue, il n’y a pas de séparation entre « être social » et « conscience », c’est tout un.
      Les exemples de « violence » que vous citez sont effrayants, je veux dire par là qu’il est effrayant que vous les citiez sasn vous rendre compte du point auquel ils vérifient mon assertion au lieu de la contredire. Laissons de côté la Révolution française, qui est (cf. J.C. Milner là-dessus) un exemple sans doute unique de vraie « révolution » au sens classique du terme puisqu’elle aboutit à l’installation d’une classe sociale (la bourgeoisie) à la place d’une autre (la noblesse). Toutes les autres que vous citez sont en réalité des coups d’état qui n’ont jamais effectué tel changement. Et qui ont toutes débouché sur des violences encore pires (Goulag, massacres de masse). Je m’étonne que vous ne citiez pas, pendant que vous y êtes, la « révolution » des khmers rouges et la « Grande révolution Culturelle » guidée par le camarade Mao Ze Dong.
      Je vous conseille de lire la sélection de textes de Marx établie par Kurz sous le titre « Lire Marx », qui contient des commentaires établis par Kurz et où l’on voit que ce que, la plupart du temps, nous avons qualifié de « révolutions nationales  » ou de luttes pour l’indépendance nationale n’étaient que des luttes pour rattraper un retard dans un cadre capitaliste.
      Concernant les actions à forte portée symbolique, je crois qu’elles existent, qu’elles sont possibles et qu’elles ont remporté de beaux succès comme par exemple dans le passé récent la chute du régime d’apartheid. Elles sont également importantes comme on le voit en ce moment dans le cas du soulèvement féministe (mouvement #metoo etc.), mais là, c’est mon avis personnel.

      J’aime

      • Avatar de W.E W.E dit :

        Merci pour cette réponse franche. Quelques points :

        1) Concernant les révolutions, j’ai volontairement laisser de côté l’évènement tragique des khmers et la révolution chinoise, qui ne sont aucunement comparables à mes yeux aux autres cités niveau atrocité.

        2) Votre assertion est un jugement moral qui vaut ce qu’il vaut. Personnellement, il m’apparait comme un élément rhétorique assez typique d’un scepticisme/pessimisme politique tout à fait compatible avec des positions conservatrices, voire réactionnaire. Ce n’est pas une accusation, et je me doute que ce n’est sans doute pas votre position politique. Cependant je m’étonne que vous condamniez et mettiez dans le même sac tous les évènements révolutionnaires, sans être visiblement capable d’envisager qu’ils répondaient à une violence qui n’avait elle rien à leur envier. Vous pouvez penser ce que vous voulez des révolutions russe, cubaine et chinoise, mais ce que les Occidentaux (et surtout les États-Unis) ont fait à ces peuples avant leur révolution n’a rien à envier, niveau violence, à ce qui s’est passé ensuite.
        Cela ne vaut aucunement justification – expliquer n’est pas excuser – de la violence dégagée. Cependant, la position qui consiste à condamner moralement les événements insurrectionnels oublie assez vite, me semble-t-il, les crimes commis par les occidentaux (mais rendus tolérables du fait qu’ils concernent d’autres populations) en période de capitalisme impérialiste.

        3) J’ai toujours été sceptique sur la théorie critique de la valeur, mais il faut que je prenne le temps de lire patiemment et de manière approfondie ces auteurs. Je dirais juste que la distinction entre un Marx esotérique/exotérique correspondant aux Grundrisse / Capital m’apparaît comme totalement fumeuse. Mais c’est la liberté des interprètes-philosophes, dont la France s’est faite une spécialité. Le fait de sélectionner les concepts de valeur, travail, marchandise et d’abandonner ceux de classe et de lutte sociale me laisse également songeur. Cela a plus à voir avec la spéculation philosophique qu’avec les diverses études théoriques et empiriques effectuées depuis un bon moment parmi les différentes sciences sociales. Je suis assez réservé sur ce courant qui apparait comme « ultra-critique », mais qui m’a l’air essentiellement l’oeuvre de philosophe pas très au fait avec le monde social et les manières d’en rendre compte scientifiquement.

        4) Tout cela se concentre dans un dernier point, lorsque vous évoquez le « Lire Marx » de Kurz. Réduire les luttes d’émancipation nationale à des luttes de rattrapage capitaliste (ce qu’elles ont été effectivement, dans bien des cas), est un raccourci que je trouve particulièrement symptomatique d’une position idéaliste. Les divers conquis sociaux remportés par les mouvements socialistes et communistes m’apparaissent comme une subversion temporaire et local du capitalisme – et c’est ce pourquoi les divers agents zélés de ce dernier s’acharnent à les détruire systématique.

        Bien à vous, en espérant pouvoir bientôt vous lire sur des textes touchant la logique et l’épistémologie…

        J’aime

  3. Avatar de alainlecomte alainlecomte dit :

    OK, je ne vous en veux pas de me soupçonner d’avoir des positions conservatrices, ni même de me comporter en idéaliste petit-bourgeois, ce que, pour les canons de la sociologie (donc des sciences sociales auxquelles vous vous référez) je suis certainement. Mais je ne crois pas qu’être un prolétaire matérialiste ajouterait à mes propos. Lui comme moi sommes prisonniers d’un système travail / capital qui nous dépasse et que nous devons essayer de comprendre. Vous dites: « Vous pouvez penser ce que vous voulez des révolutions russe, cubaine et chinoise, mais ce que les Occidentaux (et surtout les États-Unis) ont fait à ces peuples avant leur révolution n’a rien à envier, niveau violence, à ce qui s’est passé ensuite. » je crains de ne pas bien comprendre. Je ne vois pas ce que les Etats-Unis ont fait aux russes avant leur révolution, ni même ce qu’ils ont fait aux Chinois… (les Japonais oui). Cuba? oui, ok. On peut vraiment accuser les US des pires actions en Amérique du Sud de façon générale. Mais les Etats-Unis ne sont pas les seuls agents au niveau international. Voilà bien ce que Postone qualifierait de fétichisme, c’est-)à-dire de concentration du capitalisme dans la figure concrète ds Etats-Unis. La gauche classique a tendance à rendre ces derniers responsables de tout, dans l’histoire. Ils agiraient, et les autres ne feraient que « réagir », c’est là une manière de cantonner les autres acteurs dans un rôle mineur. Ce qui ne correspond pas à la réalité. Les Etats-Unis ne sont pas responsables de la répression des Tibétains, ni de celle des Ouïghours, ils ne sont pas responsables de l’envahissement de l’Ukraine par la Russie (malgré tous les efforts déployés par une partie de la gauche pour nous convaincre du contraire) etc. On a parfois attrribué la responsabilité de l’attentat du 11 septembre aux Etats-Unis eux-mêmes, car là aussi, Oussama Ben Laden n’aurait fait que « réagir ». Or le mouvement Al Qaïda s’est fondé sur une volonté de revanche par rapport à l’abolition du Califat, quelque chose qui est survenu au début du XIXème siècle à une époque où les Etats-Unis n’étaient pas encore la puissance impérialiste qu’ils sont devenus par la suite. etc. etc. on pourrait multiplier les exemples montrant que les Etats-Unis ne sont pas responsables de tout.
    Je me méfie des « sciences » sociales… la plupart du temps, elles fonctionnent sans théorie qui les fondent et s’en remettent à une phénoménalité observée souvent trompeuse. Bien sûr, il y a des exceptions à cela. Philippe Descola en est une.
    Le courant critique de la valeur/dissociation contient, à ma connaissance peu de philosophes français (peut-être même aucun). Il est surtout composé à la base de chercheurs et militants allemands, et Postone était un canadien originaire d’Europe Centrale, je ne vois donc pas ce que vient faire votre ironie sur des « interprètes-philosophes » dont la France se serait faite une spécialité!
    Vous dites m’attendre sur les questions de logique et d’épistémologie, je ne comprends pas bien pourquoi, serait-ce que vous me connaissiez autrement que par mon blog? Je suis désolé, mais je suis très mal à l’aise avec les intervenants anonymes. En tout cas, si vous êtes intéressé par ces questions, vous pouvez trouver effectivement sur ce blog beaucoup d’articles portant sur la logique, et en particulier le courant logiue linéaire de Jean-Yves Girard. Bien à vous!

    J’aime

    • Avatar de Wonja Ebobisse Wonja Ebobisse dit :

      Bonjour,

      Merci pour votre réponse. Je ne vous connais que par votre blog – suite à quelques recherches sur la logique linéaire justement ! J’ai levé l’anonymat si cela vous convient mieux. Je suis un simple enseignant de philosophie en classes secondaires.

      1) Merci de m’apporter ces précisions sur le courant critique de la valeur. Je pensais pour ma part essentiellement au travail de Jappe, qui m’apparaît bien être de nature philosophique. Ce qui m’ennuie avec ce courant – que je connais très peu, de loin, donc mon avis n’a guère de valeur –, c’est qu’il est plus d’ordre spéculatif que d’ordre théorico-empirique. La différence ? Dans un cas, l’auteur dirait : « Voici, après une étude critique de la bibliographie scientifique, une question scientifique que je vais appliquer un tel terrain / cas de figure avec telles méthode pour voir quelle conclusion X on obtiendrait ». Dans l’autre, c’est généralement une réflexion (qui peut être stimulante, je ne dis pas le contraire) basée sur des gra,ds concepts philosophiques qui nous propose une ré-interprétation d’un grand phénomène totalisant (« la valeur », « le capitalisme », « le travail ») sans jamais l’instancier précisément. J’admets qu’il n’existe pas de frontières nettes entre ces deux cas de figure, mais on peut quand même les différencier assez souvent.

      2) Je ne suis pas totalement d’accord concernant votre affirmation sur les sciences sociales. Je connais essentiellement l’économie et la sociologie. Elle comporte toutefois une part de vérité pour un type particulier de travaux académiques, principalement des travaux de recherches en économétries ou dans d’autres techniques informatiques ou quantitatives. On a alors le sentiment (je crois justifié) qu’il n’y a pas de théorie, mais simplement une base de données à laquelle on applique les dernières méthodes quantitatives / statistiques à la mode. L’économie et la sociologie semblent prendre un « tournant empirique » ou quantitatif. Un professeur d’université avait utilisé un outil bibliométrique pour montrer que la part des articles « théoriques » avait drastiquement chuté pour passer derrière celui des articles empiriques (d’économétrie appliquée). Cela donne effectivement le sentiment de sciences non fondées sur la théorie. Mais rassurez-vous, la théorie n’est pas totalement abandonnée (surtout en sociologie ) ! Après, vous pouvez juger que ces théories sont mauvaises ou erronées – ce qui me semblerait assez cohérent avec votre intérêt pour la théorie critique de la valeur. J’en trouve certaines nuisibles (à commencer par la théorie de la synthèse néo-classique en économie, issue principalement des travaux de Walras et Marshall, qu’on enseigne dés le début par souci de simplicité plus que par idéologie). Vous mentionnez Descola, en anthropologie, je trouve que Godelier c’est quand même bien plus substantiel au niveau théorique, mais passons…
      Je n’aime pas les guillemets qu’on met au terme de science lorsqu’elles sont sociales. Généralement, cela s’appuie sur la distinction implicite entre sciences « dures » et sciences « molles », qui est une belle arnaque épistémologique. Pour ma part, je n’ai pas lu d’épistémologue contemporains « en vogue » qui refusent la scientificité aux sciences sociales pour l’accorder aux sciences de la « nature ». Par contre, des philosophes, ça j’en connais un paquet. Mais leurs arguments ne me semblent pas tenir debout… Mais je suis toujours preneur de conseils de lecture à ce sujet.

      3) Je finis avec votre propos qui m’avait fait un peu tiquer. Il est malheureux de ma part de vous accuser implicitement d’une position petite-bourgeoise ou idéaliste, c’est un procédé rhétorique qui n’est ni intelligent ni pertinent. Je crois que ce qui m’a fait tiquer dans votre phrase « la violence n’est qu’une expression de la haine qui débouche sur plus de haine encore », est son sous-entendu. À mon sens, elle laisse entendre que les événements révolutionnaires (avec leur lot d’atrocité que je ne nie pas) ont empiré les situations des peuples qui les ont commis.
      Laissons de côté la résonance politique évidemment conservatrice de ce propos – je ne vous apprends rien, c’est une rhétorique constante d’une écrasante majorité d’intellectuels réactionnaires et conservateurs depuis la Révolution française – et intéressons-nous à son contenu. Je tiens pour ma part que (i) ce sous-entendu est faux dans certains cas (ii) s’il est autant couramment partagé, c’est qu’il y a eu des volontés intéressées à ce qu’il le soit. Ce qui ne veut pas dire pour moi, contre tout complotisme, que ces volontés soient toute-puissantes et épuisent à elles seules le processus de diffusion de cet avis. Mais la propagande de guerre, cela a existé, en particulier celle visant à dénigrer toutes les expériences politiques socialistes remettant en cause l’hegemon états-unien.
      Concernant ce dernier, je ne veux pas l’accabler de tous les mots. Mais pour finir sur cette phrase, je trouve faux le sous-entendu que je perçois, qui laisse entendre, (i) que les peuples n’ont rien gagné si ce n’est de nouvelles chaînes (ii) que les expériences révolutionnaires sont davantage moralement condamnables que le statu quo qui les avaient précédées. Si on prend le critère brut du nombre de mort (sur lequel reposent la plupart des condamnations politiques et morales), je ne crois pas que l’URSS ait grand chose à envier aux États-Unis. Et même si on prend le nombre de personnes emprisonnées (en laissant de côté les motifs ce qui, je suis d’accord, est un point important).
      Bref, c’est un débat long et lugubre. Pour résumer, je ne veux pas défendre tout ce qui s’est fait au nom du socialisme (et il y a eu dans bien des cas des horreurs). Je veux simplement dire qu’à ce compte-là, s’il s’agit de mettre cela sur le dos du « socialisme », alors on peut mettre sur le dos du « capitalisme » (au demeurant des États-Unis son principal représentant) un nombre de choses dont le socialisme n’a rien à envier. Une fois dit cela, alors il ne reste qu’à désespérer en restant sur le côté ? Cette troisième position ne me parait pas non plus convenable. Mais c’est là encore un autre débat.

      Bien à vous,

      W.E

      J’aime

      • Avatar de alainlecomte alainlecomte dit :

        Bonjour Wonja, je vous remercie de vous dévoiler un peu, je me sens plus à l’aise et je trouve désormais un côté « confraternel » à nos échanges! Je comprends très bien votre point de vue. Je ne suis pas aussi dogmatique que peut-être certains pourraient trouver dans ce que j’exprime. Un de mes meilleurs amis me disait encore hier que j’avais un peu trop tendance à chercher des systèmes explicatifs alors qu’il fallait sans doute se résoudre à accepter qu’il n’y ait pas d’explication (en tout cas en termes de « capitalisme ») à tout… Cet ami me parlait aussi d’un livre d’André Senik (qui fut autrefois un cadre du parti communiste!) qui s’intitule « Marx, les Juifs et les droits de l’homme » et qui est extrêmement critique à l’égard de Marx, lui imputant même la responsabilité du stalinisme. Cela, à mon avis, n’est pas faux. La seule défense que je peux avoir est de dire qu’on peut utiliser les concepts d’un penseur sans pour autant avoir de la sympathie pour lui. Après tout, dans les sciences « dures », on le fait tout le temps. Gentzen a été l’un des meilleurs logiciens du XXème siècle, et pourtant c’était un sale nazi. Mais ceci ne répond pas à vos questions, répondant plutôt aux miennes… Si ce n’est que la cdv est une théorie explicative, ou qui se prétend telle et qu’il ne faut peut-être pas exagérer sa portée (du reste certains auteurs, comme Scholz, écrivent cela, qu’il y a des limites etc.). C’est une théorie en apparence spéculative certes, mais je continue à croire qu’il y a une façon de connaître qui repose sur une approche fondamentaliste, qui cherche à aller plus loin que les évidences premières ou les apparences phénoménales. Sur l’épistémologie, je ne suis pas vraiment un épistémologue, même si cela m’intéresse. Je vous conseille de regarder du côté de Giuseppe Longo pour une approche critique, et notamment pour une approche critique de l’emploi des méthodes quantitatives en sciences sociales et en biologie. il a d’ailleurs fait un excellent travail sur les risques inhérents au data mining qui peuvent conduire à adopter des conclusions aberrantes, du genre de certaines corrélations qui n’ont aucun sens. (voir ici: https://rumeurdespace.com/2020/11/17/au-pays-des-correlations-farfelues/). La théorie risque de disparaître aujourd’hui sous les facilités du data mining et de l’IA. Ce qui constitue évidemment une régression. Dans le domaine où je me suis particulièrement investi, la linguistique, on voit très bien comment les efforts théoriques notamment autour de la grammaire générative sont aujourd’hui écartés au profit des « modèles de langages » exploités dans ChatGPT qui ne reposent que sur des statistiques. En conséquence on perd beaucoup au niveau de la connaissance des fonctionnements réels de la langue.
        Sur la notion de révolution, je pense maintenant qu’il est un peu vain de comparer les mérites et les avantages… si « révolution » il y avait aujourd’hui, au sens de la « révolution » de 1917 ou de la révolution chinoise, je pense, oui, que ce serait une catastrophe au niveau humanitaire et que la situation résultante pour les êtres humains serait bien pire que leur situation actuelle. Mais nous n’en sommes pas là: l’urgence est de répondre au défi climatique et à réparer les injustices commises à l’encontre des femmes.

        J’aime

  4. Avatar de Wonja Ebobisse Wonja Ebobisse dit :

    Je vous rejoins tout à fait concernant ces deux urgences. Merci pour vos conseils de lecture, je vais aller regarder cela !

    Bien à vous,

    J’aime

  5. Avatar de Debra Debra dit :

    J’ai beaucoup aimé votre réponse, Alain.
    Je note ce qui me semble l’effondrement de la capacité d’avoir une pensée ordonnée… personnelle ? au profit de l’automatisation depuis l’accumulation des statistiques. Je vois cette tendance à l’oeuvre un peu partout autour de moi, d’ailleurs.
    Je sais que le mot « statistiques » est en rapport avec l’Etat. Par l’étymologie, d’ailleurs. Dans l’analyse statistique, la dimension personnelle, singulière de ce qui est observé, étudié est passée à la trappe. On doit se demander si le fait d’écarter cette dimension ne fausse pas… l’observation, et au-delà, la vérité (scientifique) elle-même. Ce qui voudrait dire qu’un seul angle de regard ne peut pas restituer la complexité d’un phénomène. Logique.
    Je me demande néanmoins, si la volonté de généraliser cette nouvelle approche « scientifique » (j’utilise des guillemets sciemment) ne conduit pas à détruire le va et vient nécessaire entre les points de vue d’observation qui fait de la bonne science (de mon point de vue).
    Et si le fait que de plus en plus d’objets soient englobés dans le champ « science » ne contribue pas à détruire le sérieux de la science. La généralisation est un procédé dangereux qui comporte des risques. Au fur et à mesure que tout devient science, on s’approche de plus en plus d’une position théologique qui s’ignore comme telle.
    Enfin, ce qui me préoccupe en regardant ce nouveau monde où tout le monde se veut « scientifique » et où on fait la cuisine dans des laboratoires (si, si), c’est la destruction de la métaphore, au sens lacanien. Même la démarche scientifique finit par s’écrouler quand on détruit la métaphore à la hauteur de ce qu’on fait en ce moment.
    Le conflit et les tensions sociales entre ceux qui seraient désintéressés, philanthropes, philosophes, s’interrogeant sur la/les théories et ceux qui voudraient enseigner un savoir faire pratique pour gagner leur croûte, en faisant croire à leurs élèves que la parole efficace peut s’apprendre, moyennant fric, était celui qui opposait les philosophes athéniens aux sophistes dans le 4ème siècle avant Jésus Christ. Comme quoi les retombées sont toujours avec nous…

    J’aime

Laisser un commentaire